La bibliothèque en vadrouille n°123   Mise à jour récente !


Date : 12 juin 2018
Lieu : Audincourt
Heure : entre 21h45 et 23h00 (débat)

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Coup pour coup : Marin Karmitz, trait pour trait

 

Dans le cadre de l’Anniversaire de Mai 1968 dans le Pays de Montbéliard, L’Atelier et l’union locale de la CGT ont invité Marin Karmitz. Un homme au parcours multiple : réalisateur, producteur, exploitant (fondateur de la société MK2), commissaire d’exposition, collectionneur. Après la projection du film Coup pour coup, Marin a répondu aux questions du public. Ce film tourné en 1972, est un vibrant hommage à la classe ouvrière et en particulier aux ouvrières de l’industrie textile. (Le film a été tourné à Elbeuf en Normandie). La séance a été présentée par Christian Corouge.

Légende : Générique de Coup pour coup : comédien, cinéastes, ouvrières se côtoient, vignette 2 en dessous de Karmitz, on lit le nom de Jacques Kebadian.

Écoutez :

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Les premières réactions se sont attachées à commenter la manière dont les délégués syndicaux sont représentés à l’écran. Karmitz dit n’avoir rien inventé pour faire passer la teneur de leurs discours. Celui qui fit ses classes aux côtés de Duras et Beckett, est soucieux du langage et il n’est donc pas étonnant que son film restitue avec tant de vérité le parler de la classe ouvrière à travers ces femmes toutes générations confondues qui s’émancipent pas à pas, coup après coup au fil du récit.

Écoutez les derniers « mots » du film :

Évocation de ses débuts, de Mai 68 et de la réception du film à l’époque :

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Interrogé sur une séquence où 1936 est évoqué par une des ouvrières les plus âgée des grévistes, près d’un feu, lors d’une intense nuit de dialogues et de transmission entre les diverses protagonistes du film, Karmitz précise qu’en 1968 beaucoup d’intellectuels ont pris conscience de l’importance de l’Histoire (1936, la Résistance,…) dans la mémoire ouvrière et plus généralement celle des luttes.

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La représentante de l’Atelier l’interroge ensuite sur le cinéma français contemporain et la question sociale. Karmitz rappelle que la même année (1972) que la sortie de son film, Jean-Luc Godard  réalisa Tout va bien (avec Fonda/Montand). La concomitance de ces deux films fut emblématique à l’époque de deux postures idéologiques distinctes : avec du côté de Karmitz, Sarte, de Beauvoir, Foucault et du côté de Godard, Deleuze, Glusckmann, Guattari.

écoutez :

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« Ma position : nous artistes, intellectuels, détenons un pouvoir considérable. Nous devons l’utiliser pour donner la parole aux travailleurs, aux émigrés, aux femmes, etc… qui en sont dépourvus. La position de Godard : c’est la parole de l’artiste qui compte, celle des ouvriers n’en est que le support. J’ai fait une fiction avec une centaine d’ouvrières. Godard avec Yves Montant et Jane Fonda. Je n’ai plus trouvé de travail, j’ai dû abandonner la mise en scène. J’ai continué mon combat en ouvrant une salle à la Bastille le 1er mai 1974. Dans le langage de l’époque, un lieu de contre-culture. Des films militants, en V.O. Une librairie, des débats en permanence, de la musique, des artistes plasticiens. » (Karmitz : Quand l’art manifeste, Les idées en scène, Lyon janvier 2014).0

Mise en perspective qui nous avait échappée lorsque que nous avions découvert Tout va bien en 2004 à Entrevues, à l’occasion de la rétrospective Jean-Pierre Gorin.

Cette soirée a donc donné lieu à des échanges foisonnants. M. Karmitz était très touché par cette invitation, il a remercié les organisateurs et le public; se souvenant de diverses séances autour de ce film, à sa sortie en 1972 ou lors de sa récente restauration et ressortie en salle. Il est revenu en quelques mots sur sa mission de délégué général du Conseil de la création artistique, que lui avait confiée Nicolas Sarkozy en 2009. En fin observateur de la chose publique (via notamment la culture), il porte un regard pertinent, atypique (celui d’un patron-artiste) et critique sur le monde contemporain qu’il ne cesse d’interroger (de réinventer?).

En savoir plus …0

Bibliographie :

 

  • Il existe un coffret DVD réunissant les films de Marin Karmitz, paru en 2004.
  • La bibliothèque en vadrouille n°102 :

Les groupes Medvedkine : le regard de Paul Sztulman

  • La bibliothèque en vadrouille n° 52 :

    Entretien avec Franssou Prenant, tout autour de « Mourir à 30 ans »

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  • Plusieurs documents relatifs à Mai 68 disponibles à la médiathèque de l’EMG : catalogue, ici.

    Dont ce récent catalogue, publié à Strasbourg :

    Mai 68 en Alsace : [exposition, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, 28 avril-7 octobre 2018] [texte imprimé] / Girost, Geoffrey, Directeur de publication, rédacteur en chef; Bibliothèque nationale et universitaire, Auteur; Wirrmann, Benoît, Directeur de publication, rédacteur en chef; – Strasbourg : BNU éditions, DL 2018. – 1 vol. (190 p.): ill. en coul.; 27 cm+ 1 affiche dépl. ; 81 x 58 cm. Bibliogr. p. 186-187 . – ISBN 978-2-85923-077-7

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Texte, compte-rendu, photographies, captations : Fabien Vélasquez

Remerciements : Jean Cadet, Union locale cgt, L’atelier et Marin Karmitz

Écoutez la prise de parole de Jean Cadet, en verve :

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